mardi 22 mars 2011

La fuite dans la nuit (page: 12)

(suite de la page: 11)
besaces étaient remplies de victuailles diverses et variées, riz cuit, patate douce, fruits secs etc…

Profitant de la nuit où tous les chats sont gris, nous partîmes à travers les rizières, trébuchant dans l’obscurité sur les mottes de terre. Heureusement que ce n’était pas la saison des pluies car nous nous serions enfoncés dans la boue.

Dans la nuit noire et obscure, aucune lumière ne devant signaler notre fuite, le chemin nous paraissait interminable. Après de gros efforts et la peur au ventre, nous arrivâmes enfin au fameux bras mort de la rivière dont je parlais auparavant.

Nous nous engouffrâmes dans une jonque amarrée au bord de l’eau. Cette jonque avait un toit coulissant en paille tressée, enduit de goudron, qui nous protégeait à la fois de la pluie et du soleil mais également des regards indiscrets. En fait, cette embarcation était la propriété de mon père qui servait précédemment aux transports fluviaux du riz vers les différents clients ou agriculteurs, aucun signe extérieur ne permettait de la reconnaître ou de l’identifier, c’était la cachette idéale pour des réfugiés.

Les journées, nous les passions, terrés dans la jonque, faisant le moins de bruit possible. C’était vraiment difficile pour nous enfants et surtout ma dernière petite sœur Georgette encore en très bas âge, de rester tranquille et sages alors que dehors la vie était intense, c’était la seule condition pour ne pas se faire repérer.

Nous étions ravitaillés la nuit, par la fameuse vietnamienne, qui était en fait, la maîtresse de mon père (détail que j’ai appris beaucoup plus tard !).
Mon frère Jean-Claude, mon cadet de deux ans était somnambule, la nuit, il se promenait sur le rebord de la jonque au risque de tomber à l’eau, il fallait presque l’attacher.
Ma mère qui donnait le sein à ma sœur Georgette, n’avait plus de lait maternel à cause des privations, compensait ce manque par de l’eau de riz bouilli légèrement sucrée.
Ce régime n’était pas très adapté pour un nouveau né, ma sœur souffrait de la malnutrition et son ventre était gonflé comme un ballon de baudruche. Ce qui expliquait par la suite sa santé fragile.

Six mois s’écoulèrent, par un beau matin, oh joie, Alléluia ! Un navire battant pavillon britannique accosta à la proue de la jonque, des soldats montèrent à bord. Après de nombreux palabres dont je ne comprenais pas le sens, mais le résultat était qu’ils nous ont pris en remorque pour nous ramener vers les alliés américains et britanniques, nous étions sauvés, notre calvaire était terminé. Le remorqueur nous avait fait traverser la rivière et nous débarquions dans la ville de Bien Hoa juste en face de l’endroit où nous étions cachés.

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