Deux ou trois jours plus tard, alors que nous étions tous logés dans une chambre de l’hôpital de Bien Hoa, contre toute attente, une attaque des Viet-Minh se déclara dans la nuit.
Ce fut la nuit la plus terrible de mon enfance, nuit qui marqua à tout jamais l’existence du petit garçon que j’étais. Nous étions tous couchés par terre sous les lits métalliques de l’hôpital, face contre terre, les mains sur les oreilles, malgré tout nous entendions les balles siffler dans l’air et s’écraser sur le mur face à la fenêtre. Les tirs des mortiers au loin pilonnaient la ville, une mitrailleuse lourde automatique crépitait dans la nuit crachant ses balles meurtrières, des grenades pétaient ici ou là, des mitraillettes reconnaissables à leur rafale rapide et stridente. Une nuit de cauchemar ! Puis, vers le lever du jour, tout s’est calmé, un silence glacial planait sur la ville de Bien Hoa.
Le spectacle qui s’offrait à nos yeux, sur l’artère principale le long de l’hôpital, lorsqu’on nous avions quitté notre chambre, n’était pas beau à voir, spectacle de désolation, film d’horreur, paysage d’apocalypse, de fin du monde, une odeur de sang et de poudre nous sautait aux narines. Des cadavres jonchaient le sol, épars : sur un affût de mitrailleuse, un corps était étalé, sa tête éclatée, sa cervelle coulant par terre, des corps éventrés par les éclats d’obus ou de grenades, montraient leurs tripes et boyaux à l’air.
Images de guerre impitoyable, images qui hantent mes nuits et que le temps n’a toujours pas effacées.
Je ne sais pas si mes frères et mes sœurs ont vu ce que j’ai vu, mais, comme moi ils ont été marqués à vie.
Nous avons tous été ramené sur la ville de Saïgon, comme ma mère était veuve avec huit enfants à charge, il fallait qu’elle fasse un choix, elle ne pouvait pas garder tout le monde.
Elle n’a gardé que les filles et mon petit frère Jean-Claude, les trois grands, moi compris, nous prenions le chemin de l’orphelinat de Thu Duc.
C’était encore une pénible et douloureuse séparation, après tout ce qui s’était passé depuis l’assassinat par les Viets de mon père, nous étions encore confrontés à une nouvelle épreuve de la vie.
L’orphelinat de Thu Duc était tenu par des Frères religieux catholiques, l’enseignement était bon, du moins je le pensais, mais la discipline était stricte .
C’était là que j’ai été baptisé et reçu une instruction religieuse digne de ce nom.
Tous les matins, je servais deux messes, une à six heures et l’autre à huit heures, j’étais enrôlé comme » Enfant de Chœur ».
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