mardi 22 mars 2011

PARIS, la Capitale (page: 18)

  Les personnes 
chez lesquelles j’étais hébergé était des gens simples, le mari travaillait à la S.N.C.F. et la femme faisait des ménages.

Mon école se situait dans le 11ème arrondissement de Paris, l’E.P.D.I. était située, 163, rue Saint Maur, face de l’église, angle rue de Rocroy. C’était une école privée, reconnue par l’Etat, elle dispensait des cours de dessin industriel et d’architecture, mais c’est une école pompe à finance, tout était payant, scolarité, fournitures scolaires etc …

Entre midi et quatorze heures, heures du déjeuner, nous allions mes copains et moi, faire des grandes ballades, soit sur les grands boulevards de la République à l’Opéra, soit dans les Buttes-Chaumont.

Le parc des Buttes-Chaumont est un jardin public situé dans le 19ème arrondissement de Paris. D’une superficie de près de 25 hectares, il est le 3ème plus grand des jardins de Paris.

Ce parc contient des plantations très variées, c’est le parc parisien le plus riche en variétés d’essences, on peut admirer un Sophora, un Platane d’Orient, un Févier d’Amérique, un Noisetier de Byzance, deux Ginkos Bilobas, un Orme de Sibérie et un Cèdre du Liban.

Des myriades d’oiseaux peuplent le jardin, les plus connus, moineaux, corneilles, pigeons ramiers et les pigeons des villes et moins connus, mésanges charbonnières, mésanges bleues, rouge-gorges, martinet, gobe-mouches etc…

                               

Je ne me lassais pas de me promener dans ce joli joyau de verdure en plein Paris, surtout au printemps et en été où l’atmosphère se prêtait au calme et à la sérénité.

L a FRANCE notre terre d'accueil (page: 17)


Sur le pont supérieur, on pouvait jouer au ballon mais au risque que la ballon passe par dessus bord. Le souvenir de cette croisière forcée ne m’a pas  marqué outre mesure.

Des nombreux escales jalonnaient notre parcours, Singapour, Colombo, Djibouti Port Saïd, , avec le passage du canal de Suez et enfin la Méditerranée, Marseille notre port d’attache, notre destination finale.

De temps à autres, nous pouvions descendre à terre mais ce n’était pas un voyage touristique et encore moins une croisière d’agrément. Aucune visite n’était inscrite au programme du jour, c’était des visites furtives, des incursions au hasard des rues.

L’arrivée en France métropolitaine fut émouvante, débarqués sur une terre lointaine, inconnue, nous ne savions pas à quel sort nous allions être livrée. Heureusement que nous étions tous ensemble, sauf mes deux grands frères Raymond et Maurice.

Nous allons rejoindre un petit village du Doubs d’où était originaire mon beau-père, qui entre-temps avait épousé ma mère.

Arc-sous-Montenot, petit village en Franche-Comté avec à peine deux cents habitants, sans compter les vaches et les cochons.

C’était là que j’ai découvert pour la première fois la neige, moi qui venait du pays du soleil levant. J’allais à l’école en galoches de bois dans lesquelles je clopinais en faisant un bruit infernal.

Le coin est magnifique, des vallons des forêts de sapin, des sources, des cascades, le fameux Saut du Doubs qui est une chute de 27 mètres de haut sur le Doubs délimitant, à cet endroit, la frontière franco-suisse. Sur la commune de Villiers-le-Lac côté français et sur la commune de Les Brenets côté suisse.
Le bassin et le Saut du Doubs sont classés au Label « Grand site de France ».

Deux ans ou trois ans plus tard, en 1951, ma mère et mon beau père sont repartis en Indochine en emmenant mon frère Jean-Claude et mes petites sœurs.
Nouvelle séparation, je restais pendant deux ans, tout seul en France pour faire mes études professionnelles.
Une nouvelle vie commence pour moi, en pension, en banlieue parisienne, chez l’habitant, je partais tous les jours de la semaine à l’école à Paris. 

Le VOYAGE vers la France métropolitaine (page: 16)



Notre voyage dura près d’un mois, vingt neuf jours exactement, l’André LEBON un paquebot d’un fort tonnage sur lequel nous allons naviguer (voir document ci-dessus).
Nous quittions Saïgon et faisions route vers l’Ouest, notre vie à bord n’était pas des plus joyeuse, nous étions logés en fin fond de cale, près de la machinerie, qui faisait un boucan infernal. Ni des plus joyeuses non plus : ce n’était pas une croisière touristique que nous faisions mais un départ vers l’inconnu, vers ce que nous avions vu sur les cartes, une terre lointaine qui ne nous disait rien. Nous étions des « Boat People «  avant l’heure.
Nous occupions comme nous le pouvions nos longues journées à bord, il n’y avait pas d’animations ni de distractions aussi modestes soient elles. Alors, 
c’était souvent des courses folles dans les coursives, passant d’un niveau à l’autre.

Saïgon - Ho Chi Minh City (page: 15)

(suite de la page: 14)
fumeurs qui somnolaient littéralement, partis dans leurs rêves vagabondes, on ne sait où.

J’ai repris ma scolarité dans la grande cité de Saïgon. Nous habitions alors au Boulevard Bonnard, qui s’appelle maintenant Lei Loi, à deux pas du théâtre et en face du magasin Charner. J’étais à l’école Tabert, et avec mes petits camarades, nous allions souvent traîner nos guêtres du côté de la rue Catinat, le cinéma Majestic et au bord de la rivière.
La rue Catinat
(maintenant Đồng Khởi)
Son nom lui a été donné par l'Amiral-Gouverneur de la Grandièrele le 1er février 1865 en l'honneur de la corvette Catinat (Nicolas de Catinat Maréchal de France 1637-1712) qui avait participé aux interventions de 1856 à Tourane (Da Nang) et de 1859 à Saïgon.

En fin de semaine, Samedi et Dimanche , nous partions avec mes copains, les « Cœurs Vaillants » faire des grands jeux de piste, j’étais chef de patrouille, les rues de Saïgon n’avait plus de secret pour moi. Le jardin botanique était notre lieu favori d’escapade.

Environ un an après, nous avons été rapatrié en France, reconnus comme « Pupille de la Nation » nous avons été adopté par la France.
Mes deux grands frères sont partis aux « Enfants de Troupe » à Nice, jusqu’à leur majorité, après ça, ils se sont engagés volontaires pour partir combattre en Indochine.
Nous avions quitté l’Indochine, notre terre natale pour ne plus jamais revenir. Un sentiment de tristesse m’envahissait à cet instant, je ne sais pas si j’ai pleuré mais c’était au bord des larmes. C’était en Juin 1949.

                   
      La Poste de Saïgon                             La cathédrale

L'orphelinat de Thu Duc (page: 14)


Ce n’était pas le plus mauvais rôle, le curé m’aimait bien, je pouvais manger des hosties tant que je voulais, bien sûr le vin de messe, pas touche !

 Nous ne mangions pas souvent à notre faim, malgré les colis que notre mère nous envoyait, car ils étaient souvent ouverts et les meilleurs friandises, pâtés, saucissons étaient subtilisés avant d’arriver à leur destinataire.

Le café du matin était constitué par un substitut de riz grillé, infâme ersatz qui ne ressemblait à du café que par la couleur mais n’avait ni le goût ni l’odeur.

Nous avions tellement faim, que mes frères et moi, nous mangions quelques fois des rats des champs que nous capturions à l’aide de pièges et de collets posés dans les bois dans l’enceinte de l’orphelinat.

Etant le plus jeune des trois, je souffrais beaucoup de malnutrition, à tel point que j’étais devenu fragile et je subissais les agressions des moustiques.

A toutes les périodes de mousson qui duraient parfois quatre à six mois, j’étais cloué au lit avec une fièvre de cheval et en même temps je grelottais de froid, j’avais attrapé la « Malaria » chronique. Tous les médicaments que j’ingurgitais, Quinine, Aspirine etc… ne me faisaient aucun effet.

Au bout de trois longues années, ma mère ayant vu mon état de santé, (j’avais le blanc des yeux, couleur jaune vitreux, peut être à cause de la Quinine et surtout du Paludisme), me sortit de l’orphelinat.

Entre temps, ma mère ayant fait la connaissance d’un militaire « Adjudant » de l’armée de terre française, s’était mise en ménage avec lui. C’était un brave homme qui a bien voulu nous recueillir tous, femme et enfants, orphelins de guerre.

Ma mère en tant que veuve de guerre, avait droit à une concession « d’Opium » c’est-à-dire, elle touchait un certain contingent de drogue qu’elle revendait ensuite à des fumeries d’opium. Cela lui permettait de récupérer un revenu substantiel.
Parfois, il m’arrivait d’aller voir comment ça se passait dans les fumeries d’opium, j’accompagnait un membre de la famille de mon oncle, car j’étais trop jeune pour pouvoir pénétrer dans ces établissements.
Dans une grande salle, séparée par des paravents, des bas flancs en bois servaient de lit, les fumeurs étaient allongés presque au raz du sol, leur tête reposait sur un oreiller en porcelaine, une pipe tenue d’une main et de l’autre main, ils roulaient une petite boule d’opium avec laquelle, ils bourraient leur pipe. Un petite lampe à huile posée à même le sol leur permettait de griller le précieux poison. Une odeur nauséabonde pour moi, mais combien agréable pour les

l'Attaque de nuit de Bien Hoa (page: 13)


Deux ou trois jours plus tard, alors que nous étions tous logés dans une chambre de l’hôpital de Bien Hoa, contre toute attente, une attaque des Viet-Minh se déclara dans la nuit.

Ce fut la nuit la plus terrible de mon enfance, nuit qui marqua à tout jamais l’existence du petit garçon que j’étais. Nous étions tous couchés par terre sous les lits métalliques de l’hôpital, face contre terre, les mains sur les oreilles, malgré tout nous entendions les balles siffler dans l’air et s’écraser sur le mur face à la fenêtre. Les tirs des mortiers au loin pilonnaient la ville, une mitrailleuse lourde automatique crépitait dans la nuit crachant ses balles meurtrières, des grenades pétaient ici ou là, des mitraillettes reconnaissables à leur rafale rapide et stridente. Une nuit de cauchemar ! Puis, vers le lever du jour, tout s’est calmé, un silence glacial planait sur la ville de Bien Hoa.

Le spectacle qui s’offrait à nos yeux, sur l’artère principale le long de l’hôpital, lorsqu’on nous avions quitté notre chambre, n’était pas beau à voir, spectacle de désolation, film d’horreur, paysage d’apocalypse, de fin du monde, une odeur de sang et de poudre nous sautait aux narines. Des cadavres jonchaient le sol, épars : sur un affût de mitrailleuse, un corps était étalé, sa tête éclatée, sa cervelle coulant par terre, des corps éventrés par les éclats d’obus ou de grenades, montraient leurs  tripes et  boyaux à l’air.

Images de guerre impitoyable, images qui hantent mes nuits et que le temps n’a toujours pas effacées.

Je ne sais pas si mes frères et mes sœurs ont vu ce que j’ai vu, mais, comme moi ils ont été marqués à vie.

 Nous avons tous été ramené sur la ville de Saïgon, comme ma mère était veuve avec huit enfants à charge, il fallait qu’elle fasse un choix, elle ne pouvait pas garder tout le monde.

Elle n’a gardé que les filles et mon petit frère Jean-Claude, les trois grands, moi compris, nous prenions le chemin de l’orphelinat de Thu Duc.

C’était encore une pénible et douloureuse séparation, après tout ce qui s’était passé depuis l’assassinat par les Viets de mon père, nous étions encore confrontés à une nouvelle épreuve de la vie.
L’orphelinat de Thu Duc était tenu par des Frères religieux catholiques, l’enseignement était bon, du moins je le pensais, mais la discipline était stricte .

C’était là que j’ai été baptisé et reçu une instruction religieuse digne de ce nom.
Tous les matins, je servais deux messes, une à six heures et l’autre à huit heures, j’étais enrôlé comme » Enfant de Chœur ».

La fuite dans la nuit (page: 12)

(suite de la page: 11)
besaces étaient remplies de victuailles diverses et variées, riz cuit, patate douce, fruits secs etc…

Profitant de la nuit où tous les chats sont gris, nous partîmes à travers les rizières, trébuchant dans l’obscurité sur les mottes de terre. Heureusement que ce n’était pas la saison des pluies car nous nous serions enfoncés dans la boue.

Dans la nuit noire et obscure, aucune lumière ne devant signaler notre fuite, le chemin nous paraissait interminable. Après de gros efforts et la peur au ventre, nous arrivâmes enfin au fameux bras mort de la rivière dont je parlais auparavant.

Nous nous engouffrâmes dans une jonque amarrée au bord de l’eau. Cette jonque avait un toit coulissant en paille tressée, enduit de goudron, qui nous protégeait à la fois de la pluie et du soleil mais également des regards indiscrets. En fait, cette embarcation était la propriété de mon père qui servait précédemment aux transports fluviaux du riz vers les différents clients ou agriculteurs, aucun signe extérieur ne permettait de la reconnaître ou de l’identifier, c’était la cachette idéale pour des réfugiés.

Les journées, nous les passions, terrés dans la jonque, faisant le moins de bruit possible. C’était vraiment difficile pour nous enfants et surtout ma dernière petite sœur Georgette encore en très bas âge, de rester tranquille et sages alors que dehors la vie était intense, c’était la seule condition pour ne pas se faire repérer.

Nous étions ravitaillés la nuit, par la fameuse vietnamienne, qui était en fait, la maîtresse de mon père (détail que j’ai appris beaucoup plus tard !).
Mon frère Jean-Claude, mon cadet de deux ans était somnambule, la nuit, il se promenait sur le rebord de la jonque au risque de tomber à l’eau, il fallait presque l’attacher.
Ma mère qui donnait le sein à ma sœur Georgette, n’avait plus de lait maternel à cause des privations, compensait ce manque par de l’eau de riz bouilli légèrement sucrée.
Ce régime n’était pas très adapté pour un nouveau né, ma sœur souffrait de la malnutrition et son ventre était gonflé comme un ballon de baudruche. Ce qui expliquait par la suite sa santé fragile.

Six mois s’écoulèrent, par un beau matin, oh joie, Alléluia ! Un navire battant pavillon britannique accosta à la proue de la jonque, des soldats montèrent à bord. Après de nombreux palabres dont je ne comprenais pas le sens, mais le résultat était qu’ils nous ont pris en remorque pour nous ramener vers les alliés américains et britanniques, nous étions sauvés, notre calvaire était terminé. Le remorqueur nous avait fait traverser la rivière et nous débarquions dans la ville de Bien Hoa juste en face de l’endroit où nous étions cachés.